« Malgré les progrès de la recherche réalisés dans les sciences cognitives, les applications à la formation demeurent limitées. Ceci est dû à la nature abstraite des descriptions que les chercheurs en cognition font de leurs modèles et à leur tendance, tout à fait légitime, à n’étudier qu’un seul aspect à la fois d’un phénomène donné. » (Brien, 1997).Le CP ne doit pas considérer les sciences cognitives comme une réponse absolue à ces problèmes de conception de programme de formation à distance (FAD).
« Notre expérience de la formation et de la conception de systèmes de formation nous a convaincu de l’insuffisance et des inconvénients qu’il y a à réduire celle-ci à la simple application de formules ou de recettes. » (Brien, 1997).Si les sciences cognitives n’offrent pas de cadre d’intervention rigide, comment le CP peut-il s’en inspirer? Driscoll et Carliner (2005) proposent trois techniques d’enseignement inspirées de l’approche cognitiviste.
- La nouvelle information est organisée de manière signifiante pour que l’apprentissage soit efficace;
- La nouvelle information est reliée aux connaissances antérieures;
- Les programmes de formation guident et supportent les apprenants en leur proposant différentes représentations de l’information. Par exemple, une même information peut être présentée à la fois de façon textuelle, visuelle ou auditive. Ainsi, on aide l’apprenant à se créer une représentation mentale et à établir de nouveaux liens entre les éléments présentés.
- L’enseignant « doit insérer l’acquisition de connaissances dans un contexte de problèmes réels à résoudre. » (Tardif, 1997).
- L’enseignant doit « montrer à l’élève la nécessité d’une représentation adéquate du problème avant de se lancer dans la mise en application d’une solution. » (Tardif, 1997). De plus, l’enseignant doit « établir explicitement les liens qui existent entre la représentation du problème et la résolution elle-même, démontrant ainsi qu’une représentation inadéquate conduit inévitablement à des solutions inadéquates ». (Tardif, 1997). Tardif ajoute qu’il est important d’insister sur les stratégies métacognitives dans la résolution de problème. Pour un formateur à distance, cela pourrait signifier qu’il doive accompagner l'apprenant dans sa recherche de solutions à un problème rencontré en milieu de travail. Dans une approche behavioriste, le mentor aurait décidé d’avance quelle est la meilleure solution et il aurait insisté sur le développement d’un comportement en particulier. Par contre, dans une approche cognitiviste, l'apprenant est accompagné vers davantage d’autonomie. En milieu de travail, les problèmes ne sont pas toujours les mêmes et il est difficile de former un travailleur pour qu’il puisse avoir un comportement prédéterminé pour chaque situation problématique qu’il rencontrera au cours de sa carrière. C’est encore plus vrai lorsque le travailleur doit réaliser des tâches intellectuelles comme dans le cas d’un travail de bureau.
- L’enseignant « présente fréquemment des problèmes mal définis », ce qui « force l’apprenant à préciser lui-même un certain nombre d’éléments comme il va devoir le faire dans la majorité des problèmes en dehors de la classe. » (Tardif, 1997). Cette approche stimule l'autonomie à plus long terme.
- Les interventions de l’enseignant « sont axées sur le développement de connaissances spécifiques, et c’est par leur intermédiaire qu’il intervient dans le développement des connaissances générales [...] de sorte que l’étudiant puisse avoir directement accès aux connaissances ou aux stratégies générales et qu’il puisse connaître les conditions qui gèrent leur transfert d’un contexte à un autre. » (Tardif, 1997). Pour un travailleur, ce type d’intervention peut faire une différence non seulement sur son autonomie, mais également sur l’amélioration de sa capacité à résoudre des problèmes nouveaux et imprévus au quotidien.
- Tardif précise que dans le cadre d’une évaluation, il est important de s’assurer que les exercices proposés font « partie de la base de connaissances spécifique de l’élève. » (Tardif, 1997).
- « Devant des problèmes à résoudre, l’enseignant doit également faire en sorte que l’élève développe des stratégies différentes selon qu’il s’agit d’un problème pour lequel il a l’intuition d’avoir une solution disponible rapidement ou d’un problème au regard duquel il est complètement démuni. » (Tardif, 1997).
- « Avec l’élève, il est essentiel de formuler des règles qui gèrent les conditions du transfert, règles qui accroissent son autonomie dans les problèmes ultérieurement présentés. » (Tardif, 1997). Ça signifie pour le formateur à distance qu’il ne devra pas attendre un transfert spontané chez l'apprenant. Il devra planifier les conditions de ce transfert en proposer des activités favorisant ce transfert, notamment en reliant différents concepts ou en proposant des exercices variés et différents.
- « [...] pour provoquer et soutenir le transfert, il est fondamental de proposer dans l’enseignement un très grand nombre d’exemples et des exemples variés, y compris des contres-exemples. » (Tardif, 1997).
En résumé, le cognitivisme a permis un changement radical de point de vue sur les processus d’apprentissage chez l’être humain. De façon plus spécifique, la science cognitive est un vaste champ de recherche dans lequel le CP peut puiser pour orienter sa pratique professionnelle ou pour accompagner le formateur dans la planification des activités de formation à distance.
Références :
Brien, Robert (2002). Science cognitive et formation. Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec.
Driscoll, M. et Carliner, S. (2005). Advanced web-based training strategies. San Francisco, Pfeiffer.
Tardif, J. (1997). Pour un enseignement stratégique. L’apport de la psychologie cognitive. Montréal, Les Éditions Logiques.
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