Au début, les formations étaient surtout conçues à l’aide d’une base de connaissances fermée et peu évolutive distribuée sous forme textuelle. Puis, on a pu ajouter des hypertextes et des images. Éventuellement, on a même utilisé du son, des animations et de la vidéo. Actuellement, les formations en ligne sont hautement médiatisées et interactives. On peut distribuer des cours en ligne en mode asynchrone et en mode synchrone.
WebCT en est un bon exemple du mode asynchrone. Cet environnement en ligne offre plusieurs possibilités d’activités d’apprentissage dont :
- Le forum de discussion (interaction et réflexion entre les pairs);
- Les jeux-questionnaires en ligne (formatif et/ou sommatif);
- Les tests (sommatif);
- Les enquêtes (formatif);
- L’agenda (auto-gestion);
- L’auto-évaluation;
- Le tableau blanc (interaction entre les pairs);
- Une banque d’images;
- Un index thématique;
- Le suivi du progrès des étudiants (pour l’enseignant);
- Le suivi des résultats (pour les apprenants);
Depuis quelques années, on assiste à une forte croissance des classes virtuelles. Il ne s’agit pas de vidéoconférence. Le contexte est différent. Les étudiants peuvent suivre un cours dans le confort de leur foyer. De même, l’enseignant peut offrir le cours à partir de son domicile. De plus, chaque participant peut intervenir, poser des questions, donner son opinion, interagir avec le groupe et l’enseignant, etc. Ces interventions ont lieu en temps réel, sans décalage temporel, comme c’est le cas en mode asynchrone. Via et Elluminate sont les deux principaux logiciels synchrones utilisés à l’Université Laval. Les possibilités d’interaction sont entre autres :
- Discussions en direct entre les participants et l’enseignant (interactions);
- Présence audiovisuelle de l’enseignant grâce à une Webcam et un microphone;
- Clavardage :
- Il est possible d’écrire une question ou un commentaire qui pourra être traité immédiatement ou plus tard. Ça évite de perdre son idée!
- Tableau blanc disponible :
- Tous les apprenants peuvent écrire en tout temps sur ce tableau afin de participer à la réflexion et à la discussion;
- Partage d’applications :
- Les apprenants, en petits groupes, peuvent travailler en équipe et se partager des applications. Par exemple, deux étudiants situés dans deux villes différentes peuvent travailler en même temps sur le même document Word. Les deux écrivent en même temps sur le document tout en discutant de vive voix. Il est possible de partager n’importe quel logiciel.
- Travail d’équipe :
- Il est possible de former des équipes qui pourront travailler de façon autonome dans des « chambres » isolées et inaccessibles par les autres étudiants. L’enseignant, quant à lui, peut accéder à toutes les « chambres » afin d’offrir du soutien;
- Enregistrement audiovisuel du cours pour consultation ultérieure;
Les enseignants peu expérimentés peuvent rencontrer un certain nombre de difficultés :
- Manque de contact visuel;
- Pauvreté du langage du corps (surtout en l’absence de webcam, comme c’est le cas avec Elluminate);
- Gestion difficile des silences lors des discussions;
- Malaise quant à l’absence physique des étudiants;
- Gestion du micro et de la prise de parole par les étudiants;
- Adaption de l’enseignant :
- Il doit également jouer un rôle d’animateur et de modérateur lorsqu’il y a des discussions.
- Tendance à remplir le cours avec du contenu magistral pour se sécuriser alors que les interactions peuvent être nombreuses, agréables et utiles;
- S’il y a beaucoup d’étudiants inscrits au cours, ces difficultés peuvent paraître encore plus insurmontables.
Le développement de stratégies métacognitives favorise la prise en charge autonome de son propre apprentissage. Ainsi, les activités d’apprentissages offertes en ligne devraient favoriser le développement de stratégies métacognitives.
Rappelons que selon Pallascio, Daniel et Lafortune (2004) ainsi que Lafortune, Jacob et Hébert (2000) la réflexion est un moyen de développer la métacognition. Selon Tardif (1995), les stratégies métacognitives sont des atouts importants dans l’apprentissage des connaissances procédurales.
Gilbert Paquette propose six principes directement reliés à l’autogestion et à la métacognition. Par contre, contrairement aux autres auteurs, Paquette ne se positionne ni du point de vue de l’apprenant, ni du point de vue de l’enseignant. Il centre son discours autour du design pédagogique. Cette nuance doit être prise en compte, bien qu’elle ne soit pas critiquée dans ce présent travail.
Rappelons le sixième principe de l’ingénierie pédagogique : « le devis pédagogique doit intégrer explicitement des activités et des outils de soutien de l'autogestion et de la métacognition » (Paquette, 2002).
Dans son texte, Paquette discute de la possibilité d’utiliser le forum, soit pour une mise en commun, ou encore pour instaurer un dialogue entre l’apprenant et le formateur. Ce dialogue aide l’autogestion des activités en objectivant la démarche métacognitivement. De plus, il propose d’utiliser des outils de visualisation au sujet de la démarche de l’apprenant.
Prenons WebCT en exemple. WebCT permet aux étudiants de visualiser leurs progrès. Un outil, géré par l’enseignant, affiche les résultats scolaires, mais également les commentaires écrits par l’enseignant tout au long de la session. Cet outil pourrait répondre au sixième principe de l’ingénierie pédagogique s’il était utilisé adéquatement, c’est-à-dire si les commentaires de l’enseignant aidaient l’étudiant à prendre conscience de sa démarche tout en stimulant une auto-évaluation ou une autoréflexion écrite ou verbale.
Dans le même ordre d’idées, WebCT offre un outil d’auto-évaluation. Il serait donc possible de demander aux étudiants d’écrire un texte réflexif afin d’organiser l’information, de la décrire, de l’analyser, de l’expliquer, de faire des liens, etc.
Comme outils d’autogestion, WebCT offre également un agenda qui peut être public ou privé. Cet agenda permet d’organiser les activités d’apprentissage. Cette gestion peut être faite par l’enseignant et/ou par l’étudiant. Selon Robert Brien, la schématisation est une stratégie efficace dans la résolution de problèmes (connaissances procédurales). WebCT utilisé seul ne premet pas un haut niveau de schématisation. Par contre, en le jumelant à Microsoft PowerPoint, on peut également travailler au niveau de la schématisation de concepts. En effet, PowerPoint offre un outil de schématisation très complet et facile à utiliser même pour un utilisateur novice.
Dans le même esprit, Brien suggère quelques stratégies, dont le remue-méninge et la démonstration. Pour le remue-mininges, WebCT possède un tableau blanc qui peut être utilisé par toutes les personnes inscrites. Par contre, cette interaction se produit en différé. Ce contexte peut avoir l’avantage qu’il offre la possibilité aux étudiants de réfléchir avant d’ajouter leurs idées au tableau blanc. Par contre, le décalage temporel peut aussi nuire à la motivation. De plus, ce type d’activité requiert beaucoup de temps autant pour les apprenants que pour le formateur. Cette activité doit donc être planifiée et gérée adéquatement pour éviter la perte de temps et d’intérêt.
De plus, WebCT ne permet pas de faire une démonstration très intéressante. Pour avoir recours à des démonstrations plus visuelles, l’utilisation de supports audiovisuels doit être envisagée.
Elluminate est un bon complément aux lacunes de WebCT. Malheureusement, l’utilisation à la fois de plateformes synchrones et asynchrones n’est pas encore très répandue, bien que souhaitable, du moins à mon humble avis. L’un comble les lacunes de l’autre.
Elluminate permet les interactions synchrones. De plus, nous pouvons voir l’enseignant lorsque celui-ci possède une caméra. Le sentiment d’isolement peut ainsi être atténué grâce au repère audiovisuel et aux discussions qui se font en temps réel.
Par contre, plus il y a de participants au cours, plus la qualité des échanges diminue. Cette réalité peut être contournée par la création de plus petits groupes de discussions. Elluminate permet la création de «chambres» fermées. Ces espaces de discussions peuvent être animés à tour de rôle par le formateur. Une bonne animation devrait amener les étudiants à se poser des questions et/ou les aider à structurer les connaissances de façon active (schématisation par exemple).
Cette discussion peut se transformer en questionnement interne s’il est suivi d’un travail écrit individuel sous forme de réflexion au sujet de la discussion, de son propre processus mental et de ses propres stratégies. Ce travail individuel pourrait prendre la forme d’une auto-évaluation écrite. Selon Pallascio, Daniel et Lafortune (2004), plusieurs stratégies peuvent aider la prise de conscience par l’apprenant : l’autocorrection, la verbalisation, les interactions, l’interévaluation et l’autoréflexion. En ce sens, la discussion établie grâce à Elluminate, si elle est animée adéquatement et si elle est jumelée à une activité individuelle, pourrait effectivement favoriser le développement de stratégies métacognitives tout en atteignant les objectifs d’apprentissage visés par le cours.
En conclusion, les stratégies métacognitives favorisent la prise en charge autonome de la démarche mentale de l’apprenant. Différentes stratégies permettent de planifier adéquatement le cours. Il ne faut pas concevoir des FAD à l'aveuglette! Prenez le temps de réfléchir sur les stratégies les plus efficaces en tenant compte de votre contexte!
Références :
Brien, R. (1997). Science cognitive. Formation. Sainte-Foy : Presses de l'Université du Québec, p. 64-72.
Gauthier, C., Tardif, M. (2004). La pédagogie : théories et pratiques de l’Antiquité à nos jours. Montréal : Chenelière/McGraw-Hill.
Lafortune, L., Jacob, S., Hébert, D. (2000). Pour guider la métacognition. Sainte-Foy : Presses de l'Université du Québec, pp. 84-91.
Pallascio, R., Daniel, M.-F., Lafortune, L. (2004). Pensée réflexive. Théories et pratiques. Sainte-Foy : Presses de l'Université du Québec, pp. 113-127.
Paquette, G. (2002). L'ingénierie pédagogique. Pour construire l'apprentissage en réseau. Sainte-Foy : Presses de l'Université du Québec, pp. 386-426.
Tardif, J. (1995). Pour un enseignement stratégique. L'apport de la psychologie cognitive. Montréal : Les Éditions Logiques, pp. 356-367.